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Le génome d’un organisme vivant intégralement reconstruit
Des chercheurs ont réussi à assembler pièce par pièce 582.970 paires de bases, reproduisant fidèlement l’Publiée cette semaine dans Science, sous l’autorité du professeur Dan Gibson et ses collaborateurs, cette avancée a été rendue possible par la mise au point de nouvelles méthodes d’assemblage et de reproduction de fragments d’ADN produits chimiquement en laboratoire. L’équipe travaille au J. Craig Venter Institute (JCVI), un institut créé par Craig Venter qui s’est fait une spécialité de la fabrication de chaîne d’ADN. En 2003, ce chercheur avait déjà réussi à reconstruire le génome d’un virus.
Le modèle utilisé ici est la bactérie Mycoplasma genitalium, qui vit dans l’Une avancée pas-à-pas
La première étape consistant à reséquencer entièrement le génome Pour pouvoir différencier le génome synthétique de son équivalent naturel, les chercheurs ont incorporé des traceurs, constitués d’information atypique ne se trouvant pas dans la nature. D’autres changements ont été volontairement introduits, consistant notamment à perturber le fonctionnement d’un gène afin d’inhiber tout risque de virulence. Ces manipulations ont été réalisées avec l’aide de la la société Blue Heron Technology, ainsi que de DNA 2.0 et Geneart.
L’équipe a ensuite suivi un protocole en cinq étapes consistant à réunir les fragments entre eux, formant des assemblages de plus en plus importants évoluant vers la reconstitution complète d’un génome synthétique de M. genitalium. Dans un premier temps, des groupes de quatre fragments successifs ont été produits, obtenant 25 assemblages comprenant chacun environ 24.000 paires de bases (24 kb). Ceux-ci ont été introduits dans une bactérie Le pas suivant a consisté à assembler trois par trois 24 assemblages, obtenant ainsi 8 blocs de 72 kb. Ceux-ci, qui réunissaient environ chacun le huitième du génome total de Mycoplasma genitalium, ont à nouveau été incorporés dans Escherichia coli pour une nouvelle production d’ADN et un nouveau A ce stade, il devenait impossible de poursuivre l’expérience au moyen de E. coli. L’équipe a donc implanté ces blocs de 144 kb dans une levure. Celle-ci a reconnu les grandes Un vaste programme en trois étapes
Obtenue pour la première fois en juin 2007, la La deuxième étape, celle dont il est question ici, met en application les acquis de cette transplantation de génome, et visait à reconstruire un génome complet. Couronnée de succès, elle ouvre la voie vers les prochaines expériences, qui consisteront à transplanter un chromosome bactérien entièrement synthétique dans un organisme vivant.
Vers un être vivant artificiel ?
Ces recherches constituent-elles une première étape vers la création d’une vie artificielle ? Il faut se garder d’apporter des conclusions hâtives. Le chromosome ainsi construit est la réplique, aussi parfaite que possible, d’un modèle existant déjà. Aboutir à la conception puis à l’assemblage d’un organisme vivant différent des modèles existants, donc créer une Eckard Wimmer, professeur de Comme on peut s’en douter, les recherches entreprises soulèvent de nombreuses questions d’ordre éthique. Aussi, le docteur Venter et l’équipe du JCVI continuent-ils à collaborer avec les conseillers en bioéthique et en conformité avec les textes législatifs régissant ce domaine particulier et en toute transparence, y compris envers le public. Un groupe d’experts constitué de membres du JCVI, du Centre for Strategic and International Studies (CSIS) et du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a été formé sous la responsabilité de la Sloan Fondation afin d’explorer les risques et les avantages de cette technologie émergente afin d’en déterminer les abus éventuels, y compris dans le cadre du bioterrorisme.
Au terme d’une étude de 20 mois et de plusieurs sessions publiques, le groupe a publié un rapport favorable en octobre 2007, rejoignant l’avis d’un autre groupe bioéthique émis par l’université de Pennsylvanie en 1999 et concluant qu’il n’apparaissait aucun motif éthique défavorable à la poursuite de recherches en ce sens.
Source : Futura-Sciences